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jeudi 22 janvier 2009

L'effet papillon

Babel
Réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu
Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal...
Drame / Thriller

Babel c'est l'effet papillon à partir d'un simple fusil. Un simple objet qui va bouleverser la vie de plusieurs personnes dispatchées dans le monde entier. Un objet qui n'est pas anodin car il a pour fonction de tuer.
Deux jeunes bergers dans le désert marocain jouant avec le feu, un couple de touristes américains qui bat de l'aile en vacances au Maroc, une nounou emmenant deux enfants américains dont elle a la garde au Mexique, une jeune japonaise sourde et muette dont le père est recherché par la police de Tokyo... reliés par un fil conducteur qui les mène vers le drame.

Une histoire empreinte de solitude et surtout d'abandon. Le ton du film semble vouloir dire que telle est la condition humaine. On a affaire à un récit éclaté, les scènes passant d'un pays à l'autre, d'une histoire triste à l'autre, nous laissant dans l'inquiétude du personnage précédent jusqu'à ce qu'on y revienne pour découvrir que la situation n'a fait qu'empirer. On est sur les nerfs, la souffrance des protagonistes perce à travers l'écran. C'est un film très tendu où souffle comme un vent de désespoir.
Ce film me rappelle 21 grammes du même réalisateur où planait déjà toute cette solitude, ce sentiment de catastrophe imminente et surtout ce ciel qui ne semble jamais pouvoir se défaire de ses nuages.

Babel offre à Brad Pitt un personnage bouleversant.

lundi 12 janvier 2009

Têtue comme une bourrique !

L’échange
Réalisé par Clint Eastwood
Avec Angelina Jolie, John Malkovitch...

L’échange est inspiré d’une histoire vraie, vécue dans la Los Angeles des années 20. Le film nous montre une ville corrompue jusqu’à la moelle : la police menace ses habitants au lieu de les protéger. Et c’est malheureusement dans ce contexte que naît le drame qui touche Christine Collins. Un matin, alors qu’elle pensait pouvoir passer le week-end avec son fils Walter, elle est appelée à son travail. Lorsqu’elle rentre chez elle, celui-ci a disparu. Après l’avoir recherché dans tous les recoins possibles du quartier, elle appelle la police.
Au bout de quelques mois, on l’informe que son enfant a été retrouvé. Dans une gare bondée de journalistes et d’officiels, un garçon de neuf ans qui prétend être Walter Collins lui est rendu. Mais Christine sait d’emblée que la police s’est trompée : il n’est pas son fils !
Malgré les différentes stratégies de manipulation mentale pratiquées par la police et son pseudo médecin-psychologue, qui tente de la « rassurer », Christine reste ferme dans sa demande : « Retrouvez MON fils ! ». Mais les hauts gradés sont tout aussi tenaces lorsqu’il s’agit de faire taire les gens simples qui deviennent gênants en réclamant justice corps et âme. La solution est immonde mais terriblement efficace lorsqu’il s’agit de pousser quelqu’un à douter de lui-même !
Christine va faire preuve d’un extrême courage pour rester digne car elle est une femme entière, une mère assoiffée de justice pour son enfant. Elle trouvera dans cette lutte le soutien d’un pasteur qui dénonce ouvertement et tente de combattre la corruption qui envenime Los Angeles. A moins que ce ne soit ce pasteur qui trouve un soutien en Christine, la poussant à intensifier sa lutte, pour servir ses propres intérêts ?

Un film très fouillé où l’enquête et la gestion du « cas Collins », malgré les méthodes hallucinantes employées, nous paraissent réalistes. L’attente innommable vécue par la mère est fort bien formulée par les images. On suit Christine avec tendresse, avec révolte. L’incompétence et l’indifférence des autorités de l’époque, en ce lieu donné, est effrayante au vu de la macabre découverte qui sera faite, par hasard, par un officier au cours d’une banale enquête. Le temps qu’ils consacrent à protéger leur carrière aura coûté la vie à plusieurs enfants.

Christine (Angelina Jolie) dans l’attente d’une réponse qu’elle n’aurait jamais dû espérer.

vendredi 9 janvier 2009

Un parcours dévoilé

Persepolis
Réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

Le film d’animation Persepolis est une adaptation de la série BD homonyme, écrite et dessinée par Marjane Satrapi. L’histoire, inspirée par la jeunesse de la dessinatrice, débute en 1978, à Téhéran ; Marjane a alors huit ans. Elle est cajolée au sein d’une famille moderne et cultivée qui supporte avec tendresse ses débordements d’enthousiasme. C’est une enfant joyeuse et vive d’esprit qui n’hésite pas à se mêler des conversations politiques. Ce qui nous donne des scènes assez cocasses. Elle se rêve en prophète superhéros qui a réponse à tous les maux de la planète ; réponses commençant invariablement par «Tout le monde devra… » et «Il sera interdit de… ». Les enfants ont une capacité au mimétisme assez surprenante car souvent pleine de justesse ! Et lorsque sa grand-mère, dont Marjane est très proche, lui demande ce qu’elle compte faire pour que les vieilles femmes comme elle ne souffrent plus, celle-ci répond avec aplomb : « Ben ! Ce sera interdit ! ». Savoureux !

La petite fille suit attentivement les évènements qui mèneront à la révolution puis, à la chute du Chah d’Iran . L’exaltation laisse vite place à l’inquiétude car s’instaure une République islamique. Débute le temps des « commissaires de la révolution » qui contrôlent tenues et comportements. Marjane, qui doit porter le voile, se voit alors révolutionnaire. Elle se confectionne un joli sweat avec pour inscription au dos : « Punk is not ded » (non, non, pas d’erreur à « ded ») et s’achète des cassettes d’Iron Maiden vendues sous le manteau !
Avec la guerre contre l’Irak, il faut faire face aux bombardements, privations et disparitions de proches. La répression intérieure s’accentue. Bref, dans un contexte qui devient de plus en plus menaçant, l’esprit critique de Marjane pose problème. Pour la protéger, ses parents l’envoient à Vienne, en Autriche. A quatorze ans, Marjane découvre la liberté, l’amour mais, rapidement aussi, la solitude et la différence.

Le fait qu’il s’agisse d’un film d’animation n’enlève rien à l’intensité de l’histoire. Malgré un style assez minimaliste, les personnages ont énormément de relief et l’émotion nous gagne autant que face à des acteurs de chair et de sang. Personnellement, j’ai un faible pour le dessin épuré, exempt de détails superflus plombant l’essence du récit. La majorité du film étant des souvenirs de Marjane, il se déroule en noir et blanc, ce qui m’a encore plus fasciné. Comme pour la photo, il me semble que le noir et blanc met en avant l’aspect émotionnel d’un instant, d’une histoire.
Les dialogues sont riches d’enseignements sur cette période de l’histoire de l’Iran. Mais ils surprennent surtout par l’humour employé à montrer le ridicule d’une situation. Je pense notamment à l’intervention que Marjane fait à la fac, contrant le discours obscur des islamistes ! Un instant de lucidité exquis !Bref, un film instructif, drôle et surtout doué d’autodérision, un phénomène rare.

Marjane présentant son programme de prophète à sa grand-mère.

mardi 6 janvier 2009

Sombre conte

Le Labyrinthe de Pan
Réalisé par Guillermo Del Toro
Avec Ivana Baquero, Sergi Lopez, Maribel Verdu...
Conte fantastique (plutôt sombre !)

Ofélia est une jeune fille passionnée par la lecture des contes de fées. Il est heureux de pouvoir se réfugier dans un monde enchanteur lorsque tout nous effraie dans la réalité. L’histoire se déroule dans l’Espagne de 1944. Carmen, sa maman, s’est récemment remariée à un homme terrifiant, Vidal, obsédé par le temps et capitaine de l’armée franquiste. Etant enceinte, elle se voit obligée de rejoindre son mari là où il se trouve, un poste militaire perdu dans la forêt. Ofélia vit très mal cette nouvelle vie à proximité de cet homme. Comme elle se promène autour de la grande maison familiale, elle découvre un mystérieux labyrinthe. Elle y rencontre Pan, un faune qui garde les lieux et qui lui révèle qu’elle n’est autre que la princesse disparue et tant attendue d’un royaume enchanté ! Mais pour prouver que son long passage dans le monde des humains n’a pas dénaturé son cœur, elle doit subir trois épreuves auxquelles elle n’est absolument pas préparée… personne n’est d’ailleurs préparé à la dernière épreuve.

Un film bouleversant ! Je crois bien que celui-ci m’a marquée au fer rouge ! J’ai beaucoup aimé les décors et l’ambiance sombre qui m’ont rappelé l’univers de Tim Burton. Les personnages d’Ofélia et de Mercedes sont beaux, intenses. Leur relation de protection mutuelle m’a particulièrement touchée. Le film contient plusieurs scènes de violence qui rappellent invariablement ce qu’un homme est capable de faire subir à un autre homme. Elles m’ont assez perturbée ; en a découlé un débat quasi philosophique sur la nature humaine ! Heureusement, mon ami est toujours prêt à réfléchir avec moi. Ca peut sembler inutile et pourtant, ça m’aide à avaler les images car elles me permettent de m’interroger et d’avancer dans l’éclairement d’une zone inconcevable.

Cet arbre, entre autres détails, m'a rappelé l'univers de Tim Burton.

Ofélia et le livre magique, confié par Pan, qui la guidera dans ses trois épreuves.

Ofélia menacée par son beau-père, le capitaine Vidal, un homme d'une extrême cruauté.
(Photos pêchées sur http://www.allocine.fr/)